Réalisateurs : Ryan Murphy (producteur délégué), Ian Brennan (créateur, scénariste, réalisateur)
Acteurs principaux : Charlie Hunnam (Ed Gein), Laurie Metcalf (Augusta Gein), Tom Hollander (Alfred Hitchcock), Olivia Williams (Alma Reville), Joey Pollari (Anthony Perkins)
Date de sortie : 3 octobre 2025 (Netflix, 8 épisodes)
Genre : Anthologie, true crime, thriller psychologique, horreur
Avec Monster : L’Histoire d’Ed Gein, Ryan Murphy et Ian Brennan signent le troisième volet de leur anthologie true crime, après les saisons consacrées à Jeffrey Dahmer et aux frères Menendez. Cette fois, c’est la figure d’Ed Gein, tueur en série américain des années 1950 surnommé le « Boucher de Plainfield », qui est auscultée sous toutes ses coutures. Gein, dont les crimes ont inspiré des œuvres majeures comme Psychose, Massacre à la tronçonneuse ou Le Silence des agneaux, devient le prisme d’une exploration audacieuse des origines du mal. La série ne se contente pas de raconter son histoire : elle nous immerge, avec une maîtrise rare, dans l’esprit torturé d’un homme devenu mythe.

La mise en scène, splendide et subtile, nous entraîne pas à pas dans la folie de Gein, transformant chaque plan en une plongée vertigineuse vers l’abîme. Entre reconstitution historique et hallucinations cauchemardesques, elle oscille constamment entre réalité et cauchemar, brouillant les frontières jusqu’à nous faire douter de notre propre perception. Charlie Hunnam livre une performance à la fois glaçante et fascinante, incarnant un monstre aux multiples visages, dont le charme ambigu ne cesse de questionner : jusqu’où peut-on comprendre sans excuser ? Face à lui, Laurie Metcalf incarne Augusta Gein, mère tyrannique et figure obsédante, avec une intensité qui donne à leur relation une dimension presque shakespearienne. Leur duo toxique, filmé dans une Amérique rurale des années 1950 reconstituée avec un réalisme oppressant, devient le cœur battant d’une tragédie annoncée.
La série ne se limite pas à l’horreur pure. Elle explore, avec une intelligence rare, la manière dont un criminel devient une légende, influençant des décennies de cinéma et de culture populaire. Les clins d’œil à Psychose ou Massacre à la tronçonneuse ne sont pas de simples hommages : ils soulignent la façon dont le mal se propage, se réinvente, et finit par hanter l’imaginaire collectif. En intégrant des figures comme Alfred Hitchcock ou Anthony Perkins à son récit, Monster interroge notre propre fascination pour les ténèbres. Pourquoi sommes-nous si attirés par ces histoires ? Jusqu’où peut-on regarder sans devenir complice ?

Pourtant, cette audace narrative n’est pas sans risques. La série frôle parfois la glorification involontaire de son sujet, notamment lorsque la caméra s’attarde sur la beauté troublante de Hunnam ou lorsque le scénario ajoute des couches de fiction aux faits historiques. Certains choix, comme les séquences oniriques inspirées des crimes nazis, poussent la stylisation si loin qu’ils menacent de noyer la vérité sous le spectacle. La frontière entre respect des victimes et exploitation sensationnaliste devient alors ténue, laissant un goût d’ambiguïté morale.
Ian Brennan assume une volonté de « tourner la caméra sur le public » : « Vous êtes ceux qui ne peuvent pas détourner le regard. » La série interroge ainsi notre propre morbidité, notre obsession pour les tueurs en série, et le rôle des créateurs dans cette machine à fascination. Cette réflexion, aussi pertinente que dérangeante, est renforcée par des libertés narratives qui, bien que stimulantes, brouillent parfois la frontière entre vérité et mythologie.
Monster : L’Histoire d’Ed Gein est une œuvre ambitieuse, qui marque un aboutissement dans l’exploration des ténèbres humaines par ses créateurs. Elle séduit par son audace et sa qualité cinématographique, mais dérange par son ambiguïté morale. À l’heure où le true crime est devenu un phénomène de masse, la série pose une question essentielle : jusqu’où peut-on aller dans la représentation du mal sans devenir complice de sa glorification ?
Ce qui reste, au final, c’est l’impression d’avoir vécu une expérience unique, aussi captivante qu’inconfortable. Une plongée hypnotique dans la folie, à réserver aux âmes bien accrochées.


