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    « Pluribus » sur Apple TV+ : sauver le monde… du bonheur

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    Créateur : Noah Hawley Date de sortie : 12 août 2025 Acteurs principaux : Sydney Chandler (Wendy), Alex Lawther, Essie Davis, Samuel BlenkinDès les premières minutes,...

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    Avec Pluribus, Apple TV+ confie à Vince Gilligan – l’esprit derrière Breaking Bad et Better Call Saul – une mission délicieusement tordue : raconter la fin du monde… par excès de joie.

    🗃️ Fiche de la série – Pluribus

    Cliquez pour voir la fiche

    Titre original : Pluribus
    Créateur / showrunner : Vince Gilligan
    Plateforme de diffusion : Apple TV+

    Pays : États-Unis
    Année de lancement : 2025 (première diffusion le 7 novembre 2025)

    Genres : Science-fiction, drame, post-apocalyptique, thriller, comédie noire (Wikipédia)

    Nombre d’épisodes – saison 1 : 9 épisodes

    Intrigue en une phrase :
    Dans un monde où un virus venu de l’espace transforme presque toute l’humanité en ruche parfaitement heureuse, Carol Sturka, romancière de romance et « personne la plus malheureuse sur Terre », semble être l’une des seules à résister à ce bonheur forcé.

    Distribution principale :

    • Rhea Seehorn : Carol Sturka
    • Karolina Wydra : Zosia
    • Carlos-Manuel Vesga : Manousos

    Autres rôles notables :

    • Miriam Shor : Helen
    • Samba Schutte : Koumba Diabaté

    Musique : Dave Porter

    On n’est pas dans un énième apocalypse à base de zombies faméliques ou de virus qui font tousser du sang, mais dans quelque chose de bien plus inquiétant : une planète où tout le monde devient soudainement doux, pacifique, sincèrement heureux. Tout le monde, sauf une femme. Et c’est elle qui doit « sauver » l’humanité de cet état de béatitude généralisée.

    La série, lancée début novembre avec deux épisodes mis en ligne d’un coup, est annoncée comme un feuilleton en neuf chapitres, déjà renouvelé d’avance pour une deuxième saison. On est clairement dans le format “saga” plus que dans la mini-série jetable.

    Pluribus

    Le pitch : la plus malheureuse des humaines contre la ruche mondiale

    L’héroïne, Carol Sturka, est une romancière de romance – plutôt douée pour inventer des histoires d’amour que pour en vivre une elle-même. Le monde dans lequel elle vit bascule quand un signal venu de l’espace propage un virus extraterrestre, qui réécrit littéralement l’ARN de l’humanité. Effet secondaire : la planète entière se transforme en immense communauté heureuse, incapable de violence, de conflit ou même de vrai ressentiment. Une ruche. Un esprit unique. Tout le monde se sent bien. Il n’y a plus de guerres, plus de crimes, plus de dépressions.

    Sauf Carol. Elle reste triste, en colère, paumée, vaguement dépressive. Bref, humaine comme on l’entend d’habitude. C’est précisément ce décalage qui la désigne comme possible « menace » pour ce nouveau monde – ou comme unique chance de le remettre en question. L’idée de départ est aussi simple que brillante : et si la vraie dystopie n’était pas la souffrance, mais un bonheur imposé, contagieux, auquel il est impossible d’échapper ?

    Pluribus

    Rhea Seehorn, héroïne à contre-courant

    Au centre du dispositif, il y a une actrice : Rhea Seehorn. Ceux qui l’ont adorée dans un autre rôle d’avocate tourmentée ne seront pas dépaysés : elle sait comme personne jouer les personnages intérieurement fissurés, à la fois lucides et auto-destructeurs. Gilligan a écrit Carol pour elle, et ça se sent : chaque scène repose sur son visage, ce mélange de lassitude ironique, de peur et de refus d’entrer dans le moule.

    Ce qui fonctionne à merveille dans les premiers épisodes, c’est la façon dont la série fait de Carol notre point d’ancrage dans un univers devenu… gentiment flippant. Là où tous les autres personnages semblent sincèrement réjouis, presque illuminés par cette nouvelle conscience commune, elle se débat avec des émotions « négatives » qui prennent soudain des allures d’actes de résistance. Être triste devient politique. Être de mauvaise foi, presque héroïque.

    Pluribus

    Une SF mystérieuse qui prend son temps

    Formellement, Pluribus s’installe dans un entre-deux séduisant : science-fiction post-apocalyptique, thriller psychologique, satire douce-amère. La série refuse le déballage d’expositions interminables ; elle préfère nous laisser au niveau de Carol, qui comprend le monde petit à petit, au fil de signes étranges, de comportements un peu trop parfaits chez les autres, de détails visuels qui sonnent faux.

    Le rythme est volontairement lent, presque languissant. On est loin des séries qui cochent leur twist de fin d’épisode comme des cases sur un tableau Excel. Ici, le mystère n’est pas un gadget mais une ambiance. Le spectateur n’est pas constamment “surpris” ; il est doucement déplacé, dérangé par la manière dont le décor familier – Albuquerque, banlieues résidentielles, cafés, supermarchés – se charge d’une étrangeté diffuse.

    Cette approche demandera de la patience à une partie du public. Mais elle a une vertu rare : elle laisse la place à la nuance. Plutôt que de nous asséner que cette hive mind est forcément horrible, la série nous met dans une position inconfortable : est-ce qu’un monde sans crime ni souffrance est vraiment pire que celui qu’on connaît, même s’il sacrifie au passage le libre arbitre ?

    Pluribus

    Une esthétique du bonheur inquiétant

    Visuellement, la série joue une partition maligne. Pas de filtres verts crades ni de villes en ruine : Pluribus montre un monde propre, lumineux, où les gens sourient trop longtemps et tiennent la porte un peu trop gentiment. Les plans larges sur les rues, les parcs et les intérieurs domestiques rappellent volontairement un certain réalisme contemporain… sauf qu’un détail cloche. Une foule qui se tourne à l’unisson, des regards un peu trop fixés, des salutations identiques répétées de quartier en quartier.

    Cette esthétique du « bonheur suspect » est renforcée par le travail sonore : les rires en fond, les bruits de conversations trop harmonieuses, une musique qui oscille entre le chaleureux et le dissonant. On sent la patte de Gilligan dans l’utilisation de détails très concrets – un donut, un petit geste de voisinage, une réplique banale – pour suggérer quelque chose de beaucoup plus vaste, presque cosmique, qui plane au-dessus.

    Pluribus

    Un concept politique sous ses airs de fable tordue

    Derrière le pitch accrocheur, la série embrasse un sous-texte très politique. Le titre Pluribus renvoie explicitement à la devise latine « E pluribus unum » – “De plusieurs, un seul” – et à tout ce que cela implique en termes d’identité collective, de nation, d’idéal d’unité. Ici, cette formule se matérialise littéralement : plus de différences, plus de conflits, plus de friction… et plus vraiment d’individus.

    La série interroge subtilement notre obsession contemporaine pour l’harmonie : réseaux sociaux qui lissent les débats, discours politiques qui vendent l’“unité” à tout prix, technologies qui promettent connexion et empathie mais peuvent basculer vers un contrôle de masse. Dans ce contexte, Carol devient une héroïne parfaitement anachronique : quelqu’un qui refuse une “solution” globale parce qu’elle n’a pas été choisie, débattue, consentie.

    Ce n’est pas un hasard si le virus vient de l’espace via un signal codé, ni si la série s’appuie sur de la science « presque plausible » pour construire son récit : Gilligan a expliqué s’être inspiré de recherches réelles sur des organismes marins capables d’influencer le comportement d’autres espèces. L’idée que notre libre arbitre puisse être modulé de façon invisible donne une dimension quasi paranoïaque à cette fable du bonheur forcé.

    Quelques réserves… et énormément de promesses

    Tout n’est pas parfait – et c’est normal au stade des premiers épisodes. Le choix de garder beaucoup de choses dans l’ombre peut frustrer : on devine une mythologie très riche (les douze personnes immunisées, la structure exacte de la ruche, d’éventuels niveaux de conscience différents) que la série effleure sans encore la déployer. Le ton aussi joue parfois sur un fil mince : l’humour noir affleure, mais ne casse jamais complètement la gravité de l’ensemble, ce qui laisse certains passages dans une zone un peu grise entre le drame et la satire.

    Reste que, pour l’instant, Pluribus coche plusieurs cases rares :

    • une vraie idée de SF, forte et immédiatement saisissable ;
    • un personnage principal complexe, ni cynique par posture ni héroïque par nature ;
    • une mise en scène qui préfère la suggestion à l’overdose d’effets ;
    • et surtout une question qui nous suit longtemps après l’épisode : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour être sûrs d’être heureux ?

    Faut-il se lancer ?

    Si vous aimez les séries qui prennent le temps de construire leur monde, qui ne vous donnent pas tout mâché et qui assument de laisser quelques zones d’ombre, la réponse est clairement oui. Pluribus n’est pas une simple déclinaison SF du “c’est dur d’être humain” ; c’est une réflexion, parfois très drôle, souvent glaçante, sur notre besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous – et le prix que cela peut avoir.

    Pour l’instant, les débuts s’annoncent comme l’une des propositions les plus intrigantes du moment dans la SF télévisuelle : une série qui ose poser une question simple et dérangeante, en la prenant au sérieux jusqu’au bout. Sauver le monde du bonheur : il fallait y penser. Et il faudra voir, épisode après épisode, si Gilligan parvient à tenir cette promesse vertigineuse. En tout cas, le rendez-vous du vendredi sur Apple TV+ vient de devenir beaucoup plus tentant.