Il s’appelle Thomas Takada, est né à Shizuoka au Japon, a grandi aux États-Unis et a posé ses valises à Paris, où il a obtenu son diplôme d’architecte HMONP à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville en 2022. Aujourd’hui, il mène une pratique à cheval entre architecture, design et art contemporain, en signant des objets et des installations qui semblent tout droit sortis d’un conte écologique… mais très ancré dans notre réalité.
Son studio explore une idée simple et puissante : nos intérieurs sont déjà des paysages, faits de flux, de matières et de cycles. À lui de les rendre visibles, sensibles, presque palpables.
Un regard d’architecte, un geste de glaneur
L’une des particularités de Thomas Takada, c’est sa manière de travailler avec ce que beaucoup considèrent comme des « restes » : feuilles tombées, branches, cailloux, petits déchets de saison. Il les récolte à proximité des lieux où il intervient, puis les associe à des éléments industriels – profilés métalliques, structures d’acier, papier, cire.
Résultat : des pièces où tout semble à la fois fragile et nécessaire.
- Si la feuille se désagrège, la structure perd une partie de son sens.
- Si le métal disparaît, l’ensemble ne tient plus debout.
Cette tension entre organique et industriel traduit bien son obsession : montrer que nos modes de vie reposent sur une interdépendance totale avec des ressources que nous avons longtemps préférées ignorer.

La Villa des échos : une maison qui se souvient
En 2025, Thomas Takada se fait remarquer de façon spectaculaire avec « La Villa des échos », une installation présentée à Design Parade Toulon. Il y imagine une sorte de chambre mentale : un lit, une armoire, un bureau, une chaise, mais tous recomposés à partir de végétaux glanés autour du site, soutenus par des structures métalliques standard.
Les meubles prennent des allures de reliques :
- un lit recouvert de strates de feuilles qui évoquent les tuiles d’un toit,
- des surfaces comme feuilletées par le temps,
- des éléments destinés à se transformer, se dessécher, disparaître.
Cette proposition lui vaut le Grand Prix Design Parade Toulon décerné avec le soutien d’une grande maison de joaillerie, ainsi qu’un prix dédié à la scénographie et au merchandising par une maison de couture française de premier plan. Au-delà des récompenses, ce sont surtout les perspectives qui comptent : résidences, collaborations avec des artisans d’exception, future exposition personnelle, commande de vitrine. Autant de terrains de jeu pour pousser encore plus loin ce langage fait de feuilles, de pierres et de métal.
Grandpa’s Lamp : une lampe à compléter soi-même
Avant cette consécration, Thomas Takada avait déjà attiré l’attention avec une série de luminaires poétiques souvent désignée sous le nom de « Grandpa’s Lamp ».
Le principe est délicieusement joueur :
- une structure en acier forme l’ossature minimale de la lampe ;
- l’utilisateur est invité à compléter l’objet avec un rocher trouvé et une feuille choisie dans son propre environnement.
La lampe n’est donc jamais tout à fait la même d’une personne à l’autre, ni d’une saison à l’autre. La feuille finit par se flétrir, la pierre raconte la géologie locale, le métal se patine. L’objet vit, évolue, vieillit avec son propriétaire.
On est loin du luminaire figé et standardisé : ici, le design prend la forme d’un rituel, presque d’un petit acte de soin envers ce qui nous entoure.

Une esthétique de la réparation écologique
Ce qui traverse l’ensemble du travail de Thomas Takada, c’est une forme de lucidité joyeuse. Il ne nie ni la crise écologique ni la brutalité de nos systèmes de production, mais il choisit de répondre par des gestes à petite échelle, très concrets : glaner, assembler, laisser le temps faire son œuvre.
Ses installations et ses objets peuvent se lire comme :
- une tentative de réparer notre lien au paysage,
- une manière de réintroduire les cycles (croissance, décomposition, transformation) au cœur du design,
- une invitation à accepter que nos intérieurs soient eux aussi vivants et changeants.
Cette approche séduit aussi bien les institutions culturelles que les maisons de luxe, qui y voient une façon sensible de parler de durabilité, d’ancrage local et de matière.

Un nom à suivre sur la scène du design contemporain
En quelques années seulement, Thomas Takada est passé du statut de jeune diplômé à celui de créateur repéré internationalement. Son profil hybride – architecte formé en France, imaginaires nourris par le Japon et les États-Unis, pratique transdisciplinaire – en fait une figure particulièrement intéressante pour qui s’intéresse :
- aux nouveaux récits écologiques,
- au dialogue entre artisanat, design et art,
- aux formes d’habitat plus réversibles et responsables.
On peut parier que ses prochaines collaborations, ses résidences et ses expositions continueront d’explorer cette ligne fragile entre nature et industrie, entre poésie et lucidité.
Son site Internet : https://thomastakada.com/


