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    Vous n’avez rien compris au film Resurrection ? Voici notre analyse

    Quand on s’installe dans une salle obscure face à un long-métrage de Bi Gan, on sait d’avance que la logique linéaire restera à la porte.

    🗃️ Fiche du film – Resurrection

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    InformationDétails
    Titre completResurrection
    RéalisationBi Gan
    DuréeN/A (Long-métrage)
    GenreScience-fiction / Drame onirique
    Date de sortie2025
    Distribution (Cast)Jackson Yee, Shu Qi
    MusiqueM83

    Après le vertige sensoriel de Kaili Blues et l’hypnose en 3D d’Un grand voyage vers la nuit, le prodige du cinéma chinois revient avec Resurrection. Pour beaucoup de spectateurs, la projection s’est transformée en un abîme de perplexité. Des couloirs futuristes, un monstre qui rêve incarné par Jackson Yee, une femme aux pouvoirs de perception extra-sensoriels campée par Shu Qi, le tout enveloppé dans une musique lancinante signée M83… De quoi perdre pied.

    Pourtant, derrière cette opacité de surface se cache l’une des œuvres les plus vertigineuses et les plus limpides de ces dernières années, pour peu que l’on accepte de changer de grille de lecture. Si vous êtes sorti de la salle avec l’impression d’avoir raté un wagon, rassurez-vous : vous n’avez pas vu le mauvais film, vous l’avez simplement regardé avec les mauvais outils. Voici les clés pour décoder le second niveau de Resurrection.

    1. La dystopie n’est qu’un trompe-l’œil

    Le premier piège de Resurrection est son vernis de science-fiction. Le pitch officiel nous vend un univers post-apocalyptique où l’humanité, devenue immortelle, a perdu l’usage et la capacité de rêver. On s’attend à du Philip K. Dick, à du Blade Runner, à une suite de rebondissements technologiques. C’est là que Bi Gan piège son public.

    La science-fiction n’est pas le sujet du film ; elle en est le prétexte. L’immortalité biologique décrite ici est une métaphore de la stagnation psychologique. Une humanité qui ne meurt plus et qui ne rêve plus est une humanité condamnée à la répétition éternelle. Le personnage du monstre, interprété avec une physicalité brute par Jackson Yee, n’est pas une menace mutante, mais une anomalie poétique : il est le dernier porteur du virus du rêve. En suivant sa déambulation à travers un siècle d’histoire réinventée, Bi Gan ne nous parle pas du futur, mais de notre incapacité chronique à digérer notre passé.

    2. Un voyage à travers le siècle du cinéma

    Pour comprendre le second niveau du film, il faut observer sa structure plastique. Le récit est découpé en chapitres qui correspondent chacun à une strate sensorielle et temporelle. Mais regardez de plus près la mise en scène, les textures de l’image, les éclairages : Resurrection est une immense mise en abyme de l’histoire du septième art.

    Bi Gan fait traverser à ses personnages des décors qui mutent au gré des obsessions cinéphiles. On passe ainsi de l’ombre portée et angulaire de l’expressionnisme allemand au clair-obscur étouffant du film noir hollywoodien, avant de glisser vers l’onirisme gothique du film de vampires. Ce procédé n’est pas un vain catalogue de références pour critiques pointus. C’est le cœur même du projet : dans un monde où les hommes ne savent plus rêver, le cinéma reste le dernier réservoir de songes disponibles.

    Chaque mouvement de caméra, chaque transition texturée devient une profession de foi. Perdre le rêve, nous dit Bi Gan, c’est perdre le cinéma. Sauver le monstre, c’est rallumer le projecteur.

    3. Le plan-séquence final : l’expérience de la transe

    On ne peut pas analyser Resurrection sans aborder son climax formel, ce fameux plan-séquence virtuose qui s’étire jusqu’au bout de la nuit et dont Bi Gan a le secret. Si votre esprit cartésien a cherché à relier logiquement chaque lieu traversé durant cette longue séquence, vous avez fatalement décroché.

    Ce plan n’obéit pas à la géographie du monde réel, mais à la topographie du cerveau humain en état de sommeil paradoxal. Les espaces se superposent : une porte s’ouvre sur le futur, un couloir débouche sur un souvenir d’enfance, un regard de Shu Qi abolit cinquante ans de narration.

    Bi Gan cherche ici à provoquer une expérience purement phénoménologique. Il ne s’adresse pas à votre intellect, mais à votre système nerveux. Porté par la nappe électronique et mélancolique de M83, le spectateur est invité à lâcher prise, à accepter que le temps ne soit plus une flèche droite mais une spirale. Le plan-séquence fusionne le passé collectif et le futur incertain dans un présent absolu. C’est du cinéma plastique, une peinture en mouvement qui se ressent avant de se rationaliser.

    4. Une psychanalyse de la mémoire collective

    Enfin, le film acquiert sa dimension politique et universelle dans son rapport à la mémoire. Ses précédents longs-métrages étaient intimement ancrés dans la province du Guizhou, sa terre natale. Avec Resurrection, le cinéaste élargit son horizon à l’échelle d’un siècle d’histoire globale.

    Le monstre devient une figure christique et psychanalytique. Il absorbe les traumatismes, les guerres feutrées, les désirs refoulés et les ruines du XXe siècle pour les recracher sous forme de visions poétiques. La relation entre la créature et le personnage de Shu Qi — la seule capable de capter ces signaux — symbolise le travail de mémoire. Elle est l’archiviste d’un monde amnésique, celle qui traduit les convulsions du monstre en récits compréhensibles.

    Faut-il tout comprendre pour aimer ?

    Resurrection est un film qui résiste à la consommation rapide. Si vous cherchez une résolution narrative classique, une explication logique à chaque plan, l’œuvre vous semblera prétentieuse ou vide. Mais si vous acceptez de voir en lui un manifeste poétique sur la survie du rêve et du cinéma, tout s’éclaire.

    Bi Gan n’a pas réalisé une énigme à résoudre, mais un espace à habiter. Resurrection ne se comprend pas : il se traverse, il se subit, et finalement, il nous hante bien après que les lumières de la salle se sont rallumées. Une expérience radicale, exigeante, mais d’une beauté formelle à couper le souffle pour qui sait regarder au-delà de la surface.